The DIVI future theme ?

Ngandanjika (RDC) À première vue, elle ressemble à une simple statue, figée dans le temps et dans l’espace. Beaucoup passent devant elle sans s’arrêter, sans poser de questions. Pourtant, derrière ce monument discret du territoire de Ngandanjika se cache l’une des histoires les plus tragiques et les plus bouleversantes de la mémoire ancestrale locale : celle de Tshiyamba, une jeune fille enterrée vivante pour mettre fin à une guerre fratricide entre deux villages.

Il y a plusieurs décennies, le territoire de Ngandanjika était le théâtre d’un conflit violent et interminable opposant deux communautés voisines : BAKWA-MULUMBA et BENA MPIANA. Une guerre marquée par des représailles successives, des pertes humaines lourdes et une spirale de haine qui semblait ne jamais devoir s’arrêter.

Selon les récits transmis oralement de génération en génération, le conflit avait atteint un point de non-retour. Les affrontements n’apportaient ni victoire ni solution. Ils ne faisaient qu’aggraver la souffrance collective. Les familles pleuraient leurs morts, les villages se vidaient de leur jeunesse, et la peur s’installait durablement dans le quotidien des populations.

Face à l’ampleur des dégâts humains et sociaux, les chefs coutumiers et les anciens des deux camps se seraient réunis pour chercher une solution définitive à cette guerre devenue absurde. Les négociations traditionnelles, les serments et les médiations n’ayant pas suffi, une décision extrême aurait alors été prise, une décision que l’histoire continue de juger avec malaise.

Les anciens choisirent une jeune fille.

Elle était vierge, innocente, sans lien avec le conflit. Son nom était Tshiyamba. Elle n’avait commis aucune faute et n’avait pris part à aucune hostilité. Pourtant, elle fut désignée comme l’offrande censée sceller définitivement la paix entre les deux villages.

Un sacrifice pour sceller l’alliance

D’après la tradition orale, Tshiyamba aurait été enterrée vivante dans le cadre d’un rituel destiné à rendre l’alliance irréversible. Son sacrifice devait servir de serment sacré, un avertissement silencieux adressé à toute personne qui tenterait de rallumer les hostilités.

L’idée était simple et terrible à la fois : que la mémoire de Tshiyamba veille sur la paix nouvellement conclue, et que quiconque oserait rompre cet accord ait à répondre devant son esprit.

Si son corps a disparu sous la terre, son nom, lui, n’a jamais été effacé.

Avec le temps, le lieu du sacrifice a pris le nom de Tshiyamba, aujourd’hui porté par un secteur entier du territoire de Ngandanjika. Cette appellation est devenue un repère géographique, mais aussi un symbole historique lourd de sens.

Une statue a été érigée pour matérialiser cette mémoire. Elle ne commémore pas une victoire militaire ni un chef de guerre, mais une innocence sacrifiée, devenue le prix d’une paix fragile mais durable.

Un monument chargé de sens

Pour les habitants les plus âgés de la région, cette statue n’est pas un simple monument. Elle représente un rappel constant du coût humain de la paix. Un avertissement adressé aux générations actuelles et futures sur les dérives possibles lorsque la violence remplace le dialogue.

Cependant, pour beaucoup de jeunes, cette histoire reste méconnue, parfois réduite à une légende ou à un récit lointain. Certains passent devant le monument sans savoir qu’il marque l’emplacement d’un drame humain profond.

Une mémoire qui interroge le présent

L’histoire de Tshiyamba soulève aujourd’hui des questions essentielles : jusqu’où une société peut-elle aller pour mettre fin à un conflit ? Le sacrifice d’une vie innocente peut-il être justifié au nom de la paix ? Et surtout, avons-nous réellement tiré les leçons de ces pratiques extrêmes du passé ?

À l’heure où les conflits communautaires et les tensions sociales continuent d’exister dans plusieurs régions, le récit de Tshiyamba résonne comme un appel à repenser les mécanismes de résolution des conflits, en privilégiant la justice, le dialogue et le respect de la vie humaine.

Plus qu’un fait historique, l’histoire de Tshiyamba est une interpellation. Elle rappelle que certaines paix ont été construites sur des sacrifices injustes et que la mémoire de ces drames doit servir à éviter leur répétition.

Face à la statue de Tshiyamba, une question demeure, lourde et incontournable :

La paix mérite-t-elle encore aujourd’hui d’être payée par la vie des innocents ?

Par Djamilatou Diallo

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