Parler à cœur ouvert peut émouvoir. Mais agir avec stratégie construit des résultats durables. C’est dans cet équilibre que se trouve la clé du développement personnel, collectif et national. Et c’est justement là que le célèbre influenceur guinéen Hakim224 semble s’être égaré.

Revenu au pays avec l’ambition d’organiser un événement international pour valoriser la jeunesse africaine, Hakim a exprimé sa frustration sur les réseaux sociaux, accusant l’État guinéen de l’avoir laissé tomber après une promesse non tenue. Son cri de colère a fait réagir. Son message est fort. Mais au-delà de l’émotion, il faut oser dire la vérité, Hakim s’est trompé dans son approche.

Un projet d’envergure, aussi noble soit-il, ne peut être bâti uniquement sur l’espoir d’un soutien gouvernemental. Dans toute démarche professionnelle, il existe une règle fondamentale : la préparation précède l’exécution.

Avant même de fixer une date, un porteur de projet doit :
-Définir des objectifs clairs
-Établir un plan d’action structuré
-Identifier ses besoins en ressources
-Rechercher des partenariats ou sponsors
-Garantir une base de financement minimale

L’État, quant à lui, n’intervient pas à la demande, mais dans un cadre défini par ses priorités, ses délais et ses procédures. Le ministère de la Culture n’est pas une agence de mécénat sur commande. Solliciter l’appui des autorités est légitime, mais l’attendre comme une condition préalable au succès d’un projet personnel est une erreur de jugement.
Ce que Hakim présente comme une trahison est en réalité une déception liée à une mauvaise anticipation. Il est difficilement compréhensible, voire incohérent, de lancer une initiative internationale sans ressources propres, sans sponsors confirmés, et de compter essentiellement sur une promesse verbale d’un ministre.
Il faut poser une question honnête :
Peut-on sérieusement accuser l’État de ne pas avoir soutenu, alors qu’aucune structure financière ou logistique n’était prête en amont ?
La réponse est rude, mais juste : ce n’est pas une injustice, c’est une erreur stratégique.
Hakim parle pour la jeunesse guinéenne, et sa voix porte. Avec des millions d’abonnés à travers TikTok, YouTube, Facebook et Instagram, il incarne une génération connectée, audacieuse, en quête de reconnaissance. Mais cette influence, aussi massive soit-elle, doit être accompagnée de méthode, de rigueur et de lucidité.

Parler fort ne suffit pas. Il faut parler juste. Accuser publiquement l’État sans avoir d’abord assumé ses responsabilités de chef de projet n’est pas une posture productive. L’indignation ne remplace pas la préparation.
Le vrai patriotisme, ce n’est pas de crier « on ne m’a pas aidé », c’est de prouver par l’action, la discipline et la structure qu’on est prêt à porter haut les couleurs du pays, avec ou sans promesse politique.
La Guinée avance quand ses enfants bâtissent des projets solides, structurés, alignés sur des visions claires. La passion est une flamme, mais seule la stratégie l’empêche de s’éteindre.

Hakim n’a pas échoué. Il a appris. Et il a, peut-être sans le vouloir, offert à toute une génération une leçon précieuse :
Espérons qu’à l’avenir, cette expérience servira de base à une nouvelle manière d’aborder les projets culturels en Guinée avec professionnalisme, patience, partenariat… et moins de promesses non écrites.
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