Conakry, Dans plusieurs quartiers de la capitale guinéenne, les opérations de déguerpissement des sites informels se multiplient, entraînant la colère et la détresse de nombreux habitants et petits commerçants affectés par ces mesures. Ces opérations, menées par les autorités dans le cadre d’un plan d’aménagement urbain, ont provoqué des réactions vives de la part des personnes délogées, qui dénoncent la manière dont elles sont conduites et réclament des solutions d’accompagnement.
Depuis le début de la semaine, des engins de terrassement ont commencé à enlever kiosques, restaurants de fortune, boutiques et autres structures informelles installées depuis de longues années dans les ruelles et espaces publics de Conakry. Plusieurs dizaines de commerçants ont vu leurs installations détruites sans préavis, suscitant incompréhension et émotion chez ces familles qui dépendent de ces activités pour vivre.
« Je suis revenu au pays pour y construire quelque chose, mais aujourd’hui ils détruisent tout », confie Amadou Bah, un commerçant handicapé de longue date dont le petit commerce a été rasé, exprimant son désarroi et son sentiment d’injustice.
Outre la perte de biens, les habitants concernés critiquent la manière abrupte dont ces opérations ont été menées. Sans information préalable ni proposition de relogement ou de compensation, plusieurs familles se retrouvent soudainement sans ressources ni solutions alternatives dans une ville où le coût de la vie est déjà élevé.
« Le problème, ce n’est pas tant le déguerpissement, mais la façon dont cela a été fait », estime Adama Konaté, un commerçant du quartier visé. Pour lui, l’État devrait réfléchir à des mesures d’accompagnement social plutôt que de procéder de manière unilatérale.
Selon le ministère en charge de l’Aménagement du territoire, l’objectif affiché est de désencombrer la capitale, de dégager les voies publiques et d’améliorer l’urbanisme pour faire face à une croissance démographique rapide. Toutefois, les autorités n’ont pas encore communiqué de mécanismes clairs pour assister les personnes déplacées ou affectées.
Des observateurs notent que ces opérations s’inscrivent dans un contexte socio-économique tendu, où les populations vulnérables notamment les travailleurs du secteur informel restent exposées aux aléas de décisions administratives sans filet de protection adéquat.
Plusieurs voix, y compris des acteurs économiques et des spécialistes de l’urbanisme, appellent à une approche plus inclusive, combinant modernisation urbaine et mesures sociales. L’économiste Mohamed Camara a souligné que des stratégies permettant de recaser les commerçants, d’organiser des marchés structurés et de fournir un accompagnement financier ou technique seraient déterminantes pour réduire l’impact social de ces expulsions.
La situation reste évolutive à Conakry, où les autorités locales sont pressées par la population de fournir des réponses claires et des mesures d’atténuation face à cette vague de déguerpissements qui affecte directement des milliers de familles et d’activités économiques informelles.
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