Abidjan, juin 2025 — L’arrestation d’Innocent Yao, président de la Jeunesse rurale du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (JPDCI-Rurale), alimente un débat juridique et politique dans un contexte électoral particulièrement tendu. Placé en détention provisoire à la suite d’une convocation par la Plateforme de Lutte contre la Cybercriminalité (PLCC), ce responsable politique est visé par des poursuites relatives à la diffusion publique d’images de mineurs, sans consentement préalable des représentants légaux.
Selon des sources proches du dossier, l’affaire trouve son origine dans la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux, dans laquelle apparaissent des enfants arborant des tee-shirts aux couleurs du PDCI. Bien que cette publication visait initialement à dénoncer un prétendu usage politique des mineurs par un militant du même parti, les autorités judiciaires ont retenu une qualification pénale liée à l’article 379 du Code pénal ivoirien, qui interdit la publication d’images de mineurs sans autorisation parentale.
La PLCC, qui agit en appui aux juridictions compétentes dans la lutte contre les infractions numériques, a procédé à l’interpellation, suivie du placement en garde à vue, puis du dépôt à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA, désormais appelée PPA).
Le parquet d’Abidjan a confirmé que les poursuites engagées relèvent exclusivement de la protection de l’enfance, un principe fondamental du droit ivoirien, érigé au rang de priorité nationale depuis la loi n°2016-1111 relative à la lutte contre les violences faites aux enfants. L’infraction présumée est passible d’une peine d’emprisonnement et d’amende, sans préjudice des réparations civiles potentielles.
Toutefois, les avocats d’Innocent Yao dénoncent un usage disproportionné de la procédure pénale, soulignant l’absence d’intention malveillante et l’utilité politique du message diffusé. Ils ont déposé une demande de mise en liberté provisoire, invoquant le respect du contradictoire et la présomption d’innocence.
Le PDCI-RDA, par la voix de plusieurs cadres, dénonce une arrestation qu’il qualifie de « ciblée » et « politiquement motivée », destinée à affaiblir la mobilisation de la jeunesse du parti en amont de l’élection présidentielle prévue en octobre 2025. Le secrétaire exécutif du parti a estimé que la justice est « instrumentalisée à des fins d’intimidation », sans toutefois mettre en cause l’autorité judiciaire elle-même.
Cette accusation ravive un débat ancien sur l’indépendance de la justice en Côte d’Ivoire, sujet sensible à chaque cycle électoral. Plusieurs ONG locales de défense des droits humains appellent à la vigilance, insistant sur l’importance d’un procès équitable, en dehors de toute pression politique.
L’audience préliminaire est attendue dans les prochains jours. Les observateurs du monde juridique espèrent qu’elle permettra de distinguer clairement les faits répréhensibles des considérations partisanes. Dans un pays où le contentieux électoral reste une source de fragilité institutionnelle, cette affaire illustre les enjeux croisés de droit, de liberté d’expression et de responsabilité politique.
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